La tension monte. Israéliens et Iraniens se préparent à une guerre annoncée comme « imminente ». A chaque jour répond ses nouvelles manœuvres, ses nouvelles intimidations… Tel Aviv accuse Téhéran d’avoir commandité deux attentats visant des voitures des ambassades israéliennes à New Delhi et en Géorgie. Elle accuse aussi l’Iran d’être en capacité de produire ses premières bombes atomiques. Benyamin Nétanyahou et Ehoud Barak, son ministre de la Défense, veulent attaquer sans attendre pour, disent-ils, éviter une «nouvelle Shoah». De son côté Téhéran affirme que le Mossad, l’agence de renseignements israélienne, aurait orchestré l’assassinat de cinq savants atomistes et saboté le système informatique de certaines centrales.
Manœuvre de l’armée israélienne à la frontière libanaise, déploiement des vedettes de l’armée iranienne dans le détroit d’Ormuz… Qui de la pie ou du serpent l’emportera ?
Si Israël –la pie- attaque, il lui faudra mener une offensive rapide et ramassée dans le temps. Rapide car l’Etat hébreu a besoin du soutien des Etats-Unis et que les élections américaines approchent. Ramassée, car les pays tiers ne pourront lui ouvrir indéfiniment leurs couloirs aériens. Mais en dehors de ces conditions tactiques, qu’est-ce qu’Israël aurait à gagner à s’engager dans une guerre ouverte ? La légende nous apprend que la pie a perdu face au serpent !
Plutôt que de répliquer frontalement à des frappes israéliennes ou par l’entremise du Hezbollah, l’Iran –le serpent- pourrait simplement choisir de laisser faire pour sortir ensuite du Traité de non prolifération (TNP), prétextant le caractère inadmissible de ses frappes par un pays non membre du TNP et non contrôlé par l’AIEA. Dans cette hypothèse, les nouvelles installations créées par l’Iran échapperaient à tout contrôle et à toutes autorités. Autant dire que le pays retrouverait une totale liberté de production et éviterait toute pression de la communauté internationale, au même titre que l’Inde, le Pakistan ou Israël. Si l’on suit ce scénario, il faudrait, selon les experts, trois années à l’Iran pour se remettre des frappes israéliennes et être en capacité de sortir sa première bombe. Entre cinq et huit années pour miniaturiser les bombes… Dans dix ans, l’Iran serait ainsi une puissance nucléaire nouvelle et cette fois, sans garde fou. Que ferait alors la Turquie, l’Egypte ou l’Arabie Saoudite ? Resteront-ils l’arme au pied devant l’ennemi ou voudront-ils eux aussi l’arme nucléaire ? Quelle sera l’attitude des ennemis historiques de l’Etat hébreu dans la région ? Ne vont-ils pas être tentés par un excès « d’héroïsme » ?
En frappant l’Iran sur son sol, Israël pourrait lui donner une porte de sortie inespérée et accroître son aura grandissante au Proche-Orient. D’une guerre ouverte, l’Etat hébreu aurait peut-être beaucoup à perdre !