Archive pour le mot-clef ‘amérique’

Minorité menacée

Jeudi 3 septembre 2009

Un jeu en ligne où l’on propose à l’internaute de se mettre dans la peau d’un SDF et de le faire accéder au rang de châtelain, en volant, agressant… Ça vient de sortir en France et ça s’appelle « Clodogame ».
Des vidéos où l’on paie un clochard pour s’humilier devant une caméra, pour se battre ou pour s’automutiler. C’est la dernière mode née Outre Atlantique et ça s’appelle « Bumfights ».
Dans les deux cas, le scénario s’appuie sur les mêmes ressorts : drogue, alcool, argent et violence. Tous les clichés du monde de la rue y sont véhiculés… Amplifiés ! Objectif assumé : s’amuser de la situation des sans-logis ; rire de la précarité ; se jouer de la souffrance. Et le pire…, c’est que ça marche ! En juillet, on comptait sur YouTube près de 86 000 vidéos dégradantes sur des SDF, soit 15 000 de plus qu’un an plus tôt, selon un décompte du National Coalition for the Homeless. Pas moins de 5 700 vidéos (1 400 de plus qu’en avril 2008) évoquaient spécifiquement les «combats de clochards».
« Clodogame » confirme, dans une mesure similaire, l’éclosion de ce phénomène récent. La version allemande du jeu en ligne compte déjà plus de 2 millions de joueurs. Et le concept « démarre très fort en Pologne », dixit l’éditeur.
Il n’y a pas si longtemps, les SDF étaient ignorés de la société. Aujourd’hui, ils sont ridiculisés ou livrés en pâture comme des taureaux dans l’arène. Les clochards sont devenus la minorité qu’il est toléré de haïr. Intolérable !
Alors choquant ce jeu ? oui sans aucun doute. Quant aux vidéos, elles sont simplement sordides. Comment arguer, comme le fait Jean Baptiste Bertrand, administrateur de Clodogame en France, qu’il ne s’agit que d’un jeu à prendre au second degré. Imaginez que l’on applique demain ce traitement à n’importe quelle autre minorité raciale ou sociale, il y aurait immédiatement de vives protestations et des manifestations organisées.
Certes d’un point de vue juridique ce jeu n’est pas condamnable. Il n’incite pas au racisme. Pourtant en faisant du SDF un objet, il lui ôte bien toute dignité humaine. Une fois ce verrou levé qu’est-ce qui retient les internautes de franchir un palier supplémentaire et de s’amuser, comme le font les Américains, des vidéos où l’on «casse» du SDF pour «le frisson».
La morale est parfois un garde-fou qu’il faut entendre quand la loi montre ses limites. Elle est éducatrice quand elle contribue au mieux vivre ensemble. Elle est sage quand elle préserve les plus faibles. Et ce n’est en aucun cas du moralisme que de le clamer avec force.

Le porteur d’espoirs

Jeudi 22 janvier 2009

Onze semaines après son élection à la tête des Etats-Unis, Barack Obama fait toujours autant rêver ! Mardi 20 janvier, ils étaient près de deux millions à avoir braver les frimas de l’hiver pour venir assister, au pied du Capitole, à l’investiture de leur nouveau président. Toutes les grandes chaînes de télévision internationale avait mobilisé leur équipe pour plus de trois de direct. Jamais, depuis les trente dernières années, un tel dispositif avait été déployé pour la prise de fonction d’un président américain. C’est dire si les attentes que véhiculent Barack Obama sont grandes.
Voir… Mais surtout écouter ! Obama n’est pas encore un faiseur de rêve… Mais il est plus, qu’aucun autre à ce jour, un porteur de rêve. Lui qui a fait du verbe, une arme pour défendre son ambition politique. Que l’on soit Américain ou citoyen du monde, on se plait à écouter Obama parler. Il incante l’espoir ! Il fait le serment de la rupture. Il impose sa posture face à l’Histoire, sans détailler les promesses. Ce qu’il est, ce qu’il incarne et ce qu’il promet suffisent aujourd’hui à entretenir nos espoirs de lendemain meilleurs.
Mais attention ! L’enthousiasme, oui. L’emballement, non… Obama est une promesse pour le monde. Certes ! Mais il devra travailler dur pour transformer cette promesse en rêve. Proche-Orient, Russie, Iran, Afghanistan, Guantanamo, crise économique… Les maux sont nombreux et complexes. Comment dénouer tous ces fils ? Par où commencer ?
Obama est le président de l’Amérique. Et c’est logiquement de l’Amérique qu’il va s’occuper en premier. Redresser la situation économique, redonner confiance au marché et construire un bouclier social pour les plus fragiles, voilà l’urgente priorité que s’est fixée l’équipe du nouveau président. Après tout, s’il est un rêve à exhausser, autant commencer par le rêve… américain. C’est légitime !
Quant à l’international, Obama devrait parer au plus pressé. L’Irak, Guantanamo et invité de dernières minutes, le Proche-Orient. Ce sont les trois dossiers sur lesquels son administration devra donner des directives claires et rapides. Sachant que l’épine dans la botte de l’Amérique porte le nom de Gaza. Le regain de tension au Proche-Orient va en effet contraindre la nouvelle secrétaire d’Etat, Hillary Clinton à s’emparer de ce dossier. Un vrai test aux yeux du monde. Car si les Etats-Unis obtiennent l’apaisement du conflit – et ils sont les seuls à pouvoir à le faire-, ils pourront alors gagner un peu de temps pour remettre tout le monde autour de la table. Mais pour que les discussions aient une chance d’aboutir, il faudra y inclure l’Iran. D’ici cinq ans au plus tard, l’Iran se sera dotée de l’arme nucléaire. Ce qui changera la donne la Proche-Orient. Il faut donc en faire un partenaire. Et pour cela , l’Amérique a besoin de temps. Ce sera donc d’abord le rêve américain…

Le phénomène Obama

Jeudi 6 novembre 2008

Les Américains voteront ce dimanche pour élire le nouveau président des Etats-Unis. Un scrutin que le reste de la planète va suivre avec une très grande attention, car cette présidentielle dépasse de loin le seul avenir des Etats d’Amérique.
Si l’on en croit les derniers sondages, le candidat démocrate Barack Obama est crédité d’une avance confortable. Mais les sondages ne font pas l’élection ! Souvenez-vous, il y a quatre ans, John Kerry était donné gagnant contre George W. Bush. On connaît la suite de l’histoire…
Certes, Obama n’a pas le même charisme que Kerry. Ces meetings rassemblent régulièrement plus de 100 000 personnes. Comme on dit à Broadway, il fait le show. Et ce, sans stars hollywoodiennes. Assez incroyable d’ailleurs !
C’est comme si le candidat Obama redonnait du sens à tout et surtout à l’Amérique. Question : la barackmania suffira-t-elle à porter le candidat à la Maison Blanche ?
Dans le système électoral américain, il s’agit moins de gagner le vote populaire que d’engranger au moins 270 des 538 grands électeurs. Mais quand le vent est favorable, il y a rarement de rafale contraire. Les diverses prévisions lui accordent entre 260 et 355 grands électeurs. Reste que dans certains états clés, la marge est ténue. Si bien qu’un renversement de tendance de dernière minute n’est pas à exclure.
Parmi les incertitudes d’Obama: le degré de mobilisation de son propre corps électoral. Dans les quartiers noirs, beaucoup de jeunes, condamnés pénalement, ne peuvent pas voter. Dans d’autres états, comme la Louisiane, où il est populaire, nombre de personnes délogées par Katerina et toujours en attente d’un domicile, ne pourront pas voter non plus. Aux Etats-Unis, il faut une adresse fixe pour accéder aux urnes !
Ajoutez à cela les low-information voters (les électeurs sous-informés), les classes moyennes jeunes peu enclines à se mobiliser… Et l’on comprend pourquoi le candidat démocrate demande à ses troupes de ne pas s’occuper des sondages. D’autant que son camp doit gérer les préjugés raciaux qui lui feraient perdre près de six points au final.
Obama peut néanmoins compter sur la crise économique pour conforter son avance. Celle-ci ne faiblira pas d’ici dimanche. Et en matière économique, les Américains ne sont pas tellement rassurés par John Mc Cain. Barack Obama le répète à l’envie, s’il est élu ce sera avant tout pour être le président des Américains. Les Européens qui en ont fait leur chouchou feraient bien de s’en rappeler. Car le candidat démocrate attendra d’eux plus d’engagement, notamment en Afghanistan. Alors, gare à l’effet mode ! Il pourrait faire des déçus.