Confuse et déroutante : la crise dans les universités françaises a de quoi faire perdre son latin au meilleur des étudiants. Qui peut dire aujourd’hui, spontanément, combien d’universités sont bloquées dans le pays ? Et depuis combien de temps ? Quels sont les visages qui portent la parole de ce mouvement contestataire ? Et quels sont, sur le fond, les points de rupture ? Certes, nous avons tous entendus parler de la loi sur l’autonomie des universités, de la remise en question du statut d’enseignant chercheur et nous savons tous que la réforme des IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) cristallise les mécontentements. Mais dans les détails…
Depuis trois mois, une vingtaine des 85 universités françaises est bloquée par des mouvements de grève. Et depuis trois mois, rien ne bouge ! Étrange comportement de la part d’un gouvernement qui a su agir avec plus de promptitude par le passé. Quand les marins bretons bloquaient les ports français, il n’a pas fallu une semaine à Nicolas Sarkozy pour trouver une sortie de crise. Il ne s’agit pas là d’épingler une corporation plus qu’une autre, mais de montrer toute l’irrationalité de la situation. Car enfin ! N’y avait-il pas un consensus à trouver pour résoudre ce qui ressemble fortement à un concentré de frustrations. Panser la dépression, plutôt que de mépriser la révolte…. Le traitement aurait sûrement été plus efficace pour calmer la crise, sans nuire pour autant à la dynamique de réforme, utile et nécessaire. Au lieu de cela, l’inaction gouvernementale a surinfectée le mal. Quel bel échec !
Échec politique, mais échec social aussi. Un mouvement social réussi est un mouvement qui s’étend, qui gagne la rue, qui fédère d’autres sphères sociales. Or, force est de constater que rien de tout cela ne s’est produit. Nous sommes loin du succès populaire rencontré par les manifestations contre le CPE.
Ce mouvement idéologique qui dit lutter pour garantir une université de qualité, assurant la promotion sociale des classes populaires, est entrain de devenir son pire ennemi. À Toulon, université bloquée depuis 15 semaines, le tiers des étudiants inscrits, soit 3 300 personnes, sont des boursiers. Et dans la plupart des universités françaises, ce sont ces enfants, ceux des classes populaires, qui sont pénalisés. Au final, devinez qui paiera la note ? Certainement pas les élèves des grandes écoles… Ni même ceux qui sont inscrits dans les plus grandes universités étrangères.
Sortie de crise ou pas, les étudiants ont déjà perdu leur année. Les plus en difficulté ne rattraperont jamais trois mois de cours en vue des examens. Quant aux autres, ils auront l’étiquette d’être issue d’une promotion « au rabais ». Pour décrire tout cela, il n’y a qu’une formule : quel beau gâchis !
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Echec total
Mercredi 13 mai 2009Politiser l’Europe
Vendredi 20 juin 2008
Ils devaient embrasser l’Europe… Dire « oui », plus que d’autres. Car s’il est un peuple qui peut témoigner des bienfaits de la solidarité européenne, c’est bien les Irlandais ! Eux qui ont bénéficié de la plus importante injection de fonds européens par habitant depuis leur adhésion en 1973. Eux qui ont connu les affres d’une nation pauvre –leur PIB s’élevait à moins de 70 % de la moyenne communautaire- et qui tutoient désormais les nations prospères de l’Union -leur PIB dépasse de 1,5 fois la moyenne communautaire-.
Les Irlandais avaient toutes les raisons de dire « oui ». Et pourtant… Ils ont dit « non ». Non au Traité de Lisbonne ? Sans doute ! Un peu. Non à l’immigration, non au chômage, non à la réforme de leur fiscalité… Les Irlandais ont condamné les politiques et les mécaniques de l’Union européenne bien plus que sa finalité. Et c’est en cela que ce « non » est intéressant. Comme l’étaient avant lui, les « non » français et néerlandais.
L’Europe ressemble à une grande Suisse ! Prospère, dotée d’une union douanière, d’une autorité de la concurrence, d’une cour de justice mais incapable de peser politiquement et de relever les défis que pose une situation mondiale toujours plus complexe. Voilà où le bât blesse ! L’Union a atteint plus vite que prévu le stade politique que lui fixaient ses fondateurs. Et concrètement, elle est aujourd’hui incapable d’y répondre.
Il faut dire que la nature du défi est complexe. Car pour y arriver, il faut que l’Union prouve qu’il est possible de respecter les identités nationales tout en construisant une démocratie supranationale. Or, le traité de Lisbonne offrait justement les moyens d’y parvenir, en augmentant les pouvoirs du Parlement européen. Car un traité, c’est avant tout un outil. Un outil qui répartit les compétences entre les institutions. Et un outil ne peut faire échec à une Europe plus sociale ou à une immigration contrôlée. C’est aux politiques que revient ce rôle. C’est aux politiques de s’emparer du cadre pour l’animer. Après tout, le premier talent de la politique n’est-ce pas la pédagogie des enjeux ? Sur ce point, force est de constater que nos élus n’ont pas été très bons !
Jusqu’à ce jour, les campagnes pour les élections européennes ont toujours été très nationales. Quant aux grandes formations politiques qui dominent l’Europarlement, elles n’ont jamais eu de vrai projet de société pour l’Union. Les élus connaissent mal ou pas l’Europe. Ils donnent à leurs concitoyens l’image d’une Europe qui pourrait faire mais qui ne fait rien. « Elle pourrait juguler la hausse des prix du pétrole » disent, par exemple, certains. Ah bon ! Il existe une compétence dans ce domaine à Bruxelles…
L’Europe doit se politiser s’il veut renouer avec son peuple. Et les prochaines élections au Parlement européen, en juin 2009, en est une merveilleuse occasion. Les formations politiques pourraient désigner un leader qui conduirait toutes les listes nationales de sa couleur autour d’un projet politique fort. Et en cas de victoire, ce leader pourrait prendre la présidence de la commission. Il se créerait ainsi un sentiment d’appartenance plus fort et une vision clairement plus démocratique de l’Union auprès des citoyens.