Archive pour le mot-clef ‘bush’

Le porteur d’espoirs

Jeudi 22 janvier 2009

Onze semaines après son élection à la tête des Etats-Unis, Barack Obama fait toujours autant rêver ! Mardi 20 janvier, ils étaient près de deux millions à avoir braver les frimas de l’hiver pour venir assister, au pied du Capitole, à l’investiture de leur nouveau président. Toutes les grandes chaînes de télévision internationale avait mobilisé leur équipe pour plus de trois de direct. Jamais, depuis les trente dernières années, un tel dispositif avait été déployé pour la prise de fonction d’un président américain. C’est dire si les attentes que véhiculent Barack Obama sont grandes.
Voir… Mais surtout écouter ! Obama n’est pas encore un faiseur de rêve… Mais il est plus, qu’aucun autre à ce jour, un porteur de rêve. Lui qui a fait du verbe, une arme pour défendre son ambition politique. Que l’on soit Américain ou citoyen du monde, on se plait à écouter Obama parler. Il incante l’espoir ! Il fait le serment de la rupture. Il impose sa posture face à l’Histoire, sans détailler les promesses. Ce qu’il est, ce qu’il incarne et ce qu’il promet suffisent aujourd’hui à entretenir nos espoirs de lendemain meilleurs.
Mais attention ! L’enthousiasme, oui. L’emballement, non… Obama est une promesse pour le monde. Certes ! Mais il devra travailler dur pour transformer cette promesse en rêve. Proche-Orient, Russie, Iran, Afghanistan, Guantanamo, crise économique… Les maux sont nombreux et complexes. Comment dénouer tous ces fils ? Par où commencer ?
Obama est le président de l’Amérique. Et c’est logiquement de l’Amérique qu’il va s’occuper en premier. Redresser la situation économique, redonner confiance au marché et construire un bouclier social pour les plus fragiles, voilà l’urgente priorité que s’est fixée l’équipe du nouveau président. Après tout, s’il est un rêve à exhausser, autant commencer par le rêve… américain. C’est légitime !
Quant à l’international, Obama devrait parer au plus pressé. L’Irak, Guantanamo et invité de dernières minutes, le Proche-Orient. Ce sont les trois dossiers sur lesquels son administration devra donner des directives claires et rapides. Sachant que l’épine dans la botte de l’Amérique porte le nom de Gaza. Le regain de tension au Proche-Orient va en effet contraindre la nouvelle secrétaire d’Etat, Hillary Clinton à s’emparer de ce dossier. Un vrai test aux yeux du monde. Car si les Etats-Unis obtiennent l’apaisement du conflit – et ils sont les seuls à pouvoir à le faire-, ils pourront alors gagner un peu de temps pour remettre tout le monde autour de la table. Mais pour que les discussions aient une chance d’aboutir, il faudra y inclure l’Iran. D’ici cinq ans au plus tard, l’Iran se sera dotée de l’arme nucléaire. Ce qui changera la donne la Proche-Orient. Il faut donc en faire un partenaire. Et pour cela , l’Amérique a besoin de temps. Ce sera donc d’abord le rêve américain…

Le phénomène Obama

Jeudi 6 novembre 2008

Les Américains voteront ce dimanche pour élire le nouveau président des Etats-Unis. Un scrutin que le reste de la planète va suivre avec une très grande attention, car cette présidentielle dépasse de loin le seul avenir des Etats d’Amérique.
Si l’on en croit les derniers sondages, le candidat démocrate Barack Obama est crédité d’une avance confortable. Mais les sondages ne font pas l’élection ! Souvenez-vous, il y a quatre ans, John Kerry était donné gagnant contre George W. Bush. On connaît la suite de l’histoire…
Certes, Obama n’a pas le même charisme que Kerry. Ces meetings rassemblent régulièrement plus de 100 000 personnes. Comme on dit à Broadway, il fait le show. Et ce, sans stars hollywoodiennes. Assez incroyable d’ailleurs !
C’est comme si le candidat Obama redonnait du sens à tout et surtout à l’Amérique. Question : la barackmania suffira-t-elle à porter le candidat à la Maison Blanche ?
Dans le système électoral américain, il s’agit moins de gagner le vote populaire que d’engranger au moins 270 des 538 grands électeurs. Mais quand le vent est favorable, il y a rarement de rafale contraire. Les diverses prévisions lui accordent entre 260 et 355 grands électeurs. Reste que dans certains états clés, la marge est ténue. Si bien qu’un renversement de tendance de dernière minute n’est pas à exclure.
Parmi les incertitudes d’Obama: le degré de mobilisation de son propre corps électoral. Dans les quartiers noirs, beaucoup de jeunes, condamnés pénalement, ne peuvent pas voter. Dans d’autres états, comme la Louisiane, où il est populaire, nombre de personnes délogées par Katerina et toujours en attente d’un domicile, ne pourront pas voter non plus. Aux Etats-Unis, il faut une adresse fixe pour accéder aux urnes !
Ajoutez à cela les low-information voters (les électeurs sous-informés), les classes moyennes jeunes peu enclines à se mobiliser… Et l’on comprend pourquoi le candidat démocrate demande à ses troupes de ne pas s’occuper des sondages. D’autant que son camp doit gérer les préjugés raciaux qui lui feraient perdre près de six points au final.
Obama peut néanmoins compter sur la crise économique pour conforter son avance. Celle-ci ne faiblira pas d’ici dimanche. Et en matière économique, les Américains ne sont pas tellement rassurés par John Mc Cain. Barack Obama le répète à l’envie, s’il est élu ce sera avant tout pour être le président des Américains. Les Européens qui en ont fait leur chouchou feraient bien de s’en rappeler. Car le candidat démocrate attendra d’eux plus d’engagement, notamment en Afghanistan. Alors, gare à l’effet mode ! Il pourrait faire des déçus.

L’échiquier caucasien

Mercredi 10 septembre 2008

Sur l’échiquier, les Russes ne jouent jamais sans penser le coup d’après. Ils sont maîtres en la matière ! Les contrer demande beaucoup de finesse, d’habileté tactique. Et aussi un minimum de forces.
De la finesse, le président géorgien Mikheil Saakachvili n’en a pas vraiment eu en se lançant à la reconquête de l’Ossétie sécessionniste sans être certain du soutien des Occidentaux. Les Américains ont certainement adoubé cette offensive, mais sont restés discrets dans l’action. Car si l’Amérique craint que son ex-adversaire de la Guerre froide ne retrouve une position dominante sur la scène internationale, elle ne peut l’affronter de face. En raison de sa puissance énergétique et des défis géopolitiques posés par le monde arabo-musulman.
De l’habileté tactique, parlons-en ! En déclenchant les hostilités, la Géorgie a mordu les mollets du colosse russe. Difficile ensuite d’aller expliquer à ceux-ci qu’ils ont eu tort de sortir les griffes. Le coup joué par Saakachvili a été contre-productif. Il met en cause sa responsabilité et oblige la communauté internationale à reconnaître le préjudice.
De la force, il n’en est question pour personne. Les Occidentaux ne peuvent inciter ouvertement les Géorgiens à céder à la pression russe, mais n’ont presque aucun moyen d’agir sur la Russie. Et si, un jour, ils étaient contraints de choisir entre Moscou et Tbilissi, il n’est pas difficile d’imaginer de quel côté pencherait la balance.
« L’ouverture » russe était donc presque parfaite. Presque, car il n’avait pas anticipé l’inenvisageable… L’union sacrée des vingt-sept dans ce dossier. Pour la première fois, l’Union européenne parle d’une seule voix. Ce n’était jamais arrivé jusque-là. Cette cohésion fait aujourd’hui sa force et c’est grâce à elle que Nicolas Sarkozy a pu, au nom de l’Union, tenir ferme face à Moscou.
Dans un mois, les forces russes se retireront du territoire géorgien. Au 1er octobre, deux cents observateurs de l’UE seront envoyés sur le terrain. Echec ? Assurément non ! Un répit, sans plus. Les Russes ne reviennent pas sur l’essentiel, à savoir leur présence en Ossétie du Sud et en Abkhazie, deux régions séparatistes qu’ils ont reconnues comme indépendantes. De fait, leur emprise sur le sol géorgien est plus forte qu’avant le début des hostilités.
A qui perd gagne, les joueurs d’échecs préféreront le pat. Dans le Caucase, la partie ne fait que s’ouvrir. Les immenses réserves gazières et pétrolières de la mer Caspienne font de cette partie du monde un endroit stratégique, dont les clés résident en Turquie, gardienne de la mer Noire. Son influence rayonne jusqu’en Ukraine, pays amené à devenir le prochain enjeu de la partie d’échecs disputée avec Moscou.