Archive pour le mot-clef ‘etats-unis’

Révolutions et transition

Vendredi 11 février 2011

Si toutes les révolutions portent les germes de la démocratie, elles n’aboutissent pas toutes à la démocratie. Seule une transition politique réussie vers un régime représentatif est capable d’ouvrir de nouvelles perspectives. Réussir cette étape, c’est, pour les Tunisiens et les Égyptiens, l’enjeu majeur de ces prochains mois. Voire des deux ans à venir.
En Egypte, le scénario a été bien moins spectaculaire qu’en Tunisie. Trois semaines après le début des événements, le mouvement semble même avoir baissé d’intensité. Non que le peuple ait renoncé. Au contraire ! L’enracinement révolutionnaire est bien présent et encore plus profondément ancré qu’au premier jour. La partition historique se joue juste autrement.
Hosni Moubarak n’est pas tombé (pas encore !). Et pourtant, tout comme la Tunisie, l’Egypte a débuté sa phase de transition politique. Cette semaine, des négociations ont été entamées avec les partis d’opposition. Fait remarqué, les Frères musulmans, parti interdit depuis 1954 par Moubarak, ont aussi pu accéder à la table des discussions. Une première… qui ne manque pas d’inquiéter les occidentaux.
Que ce soit la France, l’Europe ou les Etats-Unis, tous font pourtant preuve d’un silence gêné depuis le début de cette révolution. Une timidité excessive qui n’est pas sans rapport avec le positionnement géostratégique de l’Egypte sur la scène mondiale. Il n’y a qu’à regarder les cartes, pour observer le rôle central de ce pays dans l’approvisionnement énergétique de l’Europe d’une part et dans le conflit israélo-palestinien d’autre part. De fait, les dictatures du monde Arabe, bien qu’inacceptables, nous assuraient un certain confort d’intérêt, dont on se satisfaisait volontiers. Or, si de cette révolution -et d’autres- naissait demain, l’émergence d’un nationalisme ou pire…, d’un fondamentalisme politique, la déstabilisation de la zone serait certaine et dangereuse.
Les craintes existent. Tout comme le danger intégriste existe, mais les occidentaux feraient une grave erreur s’ils n’accompagnaient pas l’élan de liberté actuel, en se déclarant très distinctement aux côtés des peuples. Faisons preuve de lucidité ; ces révolutions sont d’abord l’expression de milliers d’hommes et de femmes en colère. Ces révolutions (tunisienne et égyptienne) leur appartiennent. Elles sont la manifestation d’une violence intérieure que nous devons entendre et respecter. L’heure ne doit pas être aux craintes mais à la confiance. Une confiance en ces peuples qui ont su courageusement prendre en charge leurs destins. Égyptiens et Tunisiens ont franchi un pas considérable. À eux d’être vigilants pour que personne ne leur vole leur victoire. À nous –s’ils le demandent- d’appuyer et d’accompagner leur marche en avant.

« L’éclair de lumière »

Mercredi 22 juillet 2009

Étonnante histoire que celle du couturier japonais Issey Miyake qui révélait le 15 juillet dernier, dans l’International Herald Tribune, être un survivant du bombardement atomique de Hiroshima (6 août 1945).
Étonnant appel aussi de ce grand créateur, aujourd’hui âgé de 71 ans, exhortant le président américain Barack Obama à venir, le 6 août prochain, dans sa ville martyre, pour la commémoration de cet événement ô combien tragique.
Étonnante peut-être –on ne le sait pas encore-, la réaction de Barrack Obama. S’il accepte l’invitation, il sera le premier président américain en exercice à traverser le pont de la paix. Quel geste… Quelle portée… C’est à peine imaginable ! Et pourtant si souhaitable…
Barack Obama aura-t-il ce courage-là ? Lui, le président qui veut l’élimination des armes nucléaires. Lui, l’homme qui a réveillé par ses mots, à Prague, ce qu’Issey Miyake avait de si profondément enterré en lui depuis ses sept ans.
Bruce Springsteen, l’icône du rock américain, le chanteur engagé de Philadelphie, dit d’Obama : « Je le suis depuis longtemps. Il était jeune sénateur, je l’observais à la télé et je voyais déjà un homme à part, différent des autres ». Alors que cette différence s’exprime et s’affirme le 6 août prochain, car on ne peut pas fermer éternellement les yeux et oublier.
Issey Miyake a longtemps pensé qu’il pourrait oublier, mais quand il ferme les yeux, il dit voir aujourd’hui encore : « des choses que personne ne devrait jamais vivre : une lumière rouge aveuglante, le nuage noir peu après, des gens qui courent dans toutes les directions en tentant désespérément de s’échapper. Je me souviens de tout ça » raconte-t-il dans une très belle interview à l’Herald Tribune. Trois ans plus tard, sa mère est décédée des suites des radiations.
Toute sa vie, Issey Miyaké l’a passée à créer du « beau ». Il a cultivé l’art du bonheur jusqu’à la dernière couture. Et ce, sans jamais rien dire de son vécu, car il ne voulait pas être « le créateur qui a réchappé à la bombe atomique ». Quoi de plus aliénant que d’être défini en fonction de son passé.
À l’automne de sa vie, il a décidé d’ouvrir grand les yeux pour que ses fantômes ne se projettent plus seulement sur l’écran interne de ses paupières closes. « J’ai réalisé que j’avais une responsabilité personnelle et morale pour prendre la parole en tant que survivant de ce que M. Obama a appelé l’éclair de lumière ». Puisse cet éclair de lumière illuminer la marche vers l’Histoire de Barack Obama… « Tu n’as rien vu à Hiroshima » écrivait Marguerite Duras. « Tu n’as rien vu » parce que ce qui est inimaginable est incommunicable

Un monde à gouverner

Mardi 25 novembre 2008

Crise financière et économique, échec des négociations du cycle de Doha à l’OMC, regain de tension au Moyen-Orient, dégradation des relations avec la Russie, mutation climatique accentuée, impasse du protocole de Kyoto… De nombreux maux sont apparus ou se sont dégradés en 2008, rendant notre monde unifié, chaque jour, un peu plus instable.
L’histoire nous enseigne que les crises brutales portent souvent le germe d’un nationalisme recouvré et menace la paix sur la planète. Mais elle nous enseigne aussi que les échanges sont un facteur de progrès, à condition que la puissance des marchés soit disciplinée par des règles. S’il est vrai que ces règles existent, il est aussi vrai qu’elles souffrent de n’être mis en musique. Il y a aujourd’hui un manque… Un manque de gouvernance très grave. Voilà ce dont pâtit notre monde !
Question : comment va-t-il réagir ? Car il faut une réaction si l’on souhaite une sortie de crise. Et à ce titre, l’année 2009 promet d’être passionnante. Elle est porteuse de risques. Certes ! Mais aussi d’opportunités incroyables. L’Histoire est en train de s’écrire avec nous. Les changements politiques récents, aux Etats-Unis, et imminent, en Europe, ouvrent une phase nouvelle. Ceux qui seront aux pouvoirs auront des responsabilités accrues. Et les attentes sont telles qu’elles les obligent à réussir. Donc à gouverner.
Obama l’a compris. Il en a pris la posture et interprètera le leadership américain « avec une capacité d’initiative et de persuasion qui a longtemps manqué à la scène internationale » relève Tommaso Padoa-Schioppa, président du think-tank « Notre Europe ».
Le grand défi de l’Europe sera de se doter d’une capacité de décision et d’action à la hauteur des enjeux. Les citoyens européens doivent se rassembler sur des projets clairs et autour des personnalités politiques qui les incarnent. Les élections de juin 2009 (Parlement européen) et de novembre 2009 (Commission européenne) sont à ce sens primordiales. Il faut une campagne intelligente, où chaque famille politique européenne désigne dans ses rangs un candidat à la présidence de la Commission. Les électeurs se prononceront alors sur un projet politique identifié, issu d’une plate-forme d’idées alimentée par les partis nationaux. Ils légitimeront aussi par leur vote, le candidat des partis à la présidence de la Commission.
L’Europe ne pourra enfin faire longtemps l’économie d’un président reconnu, d’un « ministre » des affaires étrangères et d’une modification de la mécanique de décision, en passant de l’unanimité à la majorité qualifiée. C’est à ce prix qu’elle pèsera sur la scène internationale. Qu’elle sera plus actrice que spectatrice. Et qu’elle injectera de la gouvernance dans ses piliers économique, environnemental et de défense commune. Retrouver une capacité à gouverner selon des principes démocratiques, c’est le grand défi qui attend le monde en 2009.