A quoi jouent les agences de notation ? En début de semaine, Moody’s vient encore de dégrader la note de la Grèce, plaçant Athènes à un cran du défaut de paiement. C’est la première des trois grandes agences de notation à se prononcer en ce sens, après l’adoption du deuxième plan d’aide international.
« Moody’s sème la terreur » titrait le quotidien de Varsovie en début de semaine. Un mot d’ordre largement partagé par les autres capitales européennes qui supportent de moins en moins le diktat imposé par les trois agences de notations américaines, Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch. Il leur est aujourd’hui clairement reproché de trop bomber le torse. « Lorsque la zone euro est au bord de l’éclatement, une des trois agences n’est jamais très loin pour assener un coup mortel » lâche un haut fonctionnaire de la commission européenne. La guerre est ouverte !
Les pouvoirs publics qui ont largement contribué au cours des années passées à mettre les agences de notations sur un piédestal voient leur « créature » leur échapper. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’apprécient pas ce sentiment de perte de contrôle. Alors, ils ont décidé de tuer le « monstre ». Ou pour le moins, d’en créer un nouveau, une sorte de contre-monstre : l’agence européenne de notation.
Mais les agences de notation, aussi critiquables soient-elles –et elles le sont sur un certain nombre de points- ne peuvent pas être responsables de tous les maux. Ce coup de colère des Européens cache en fait un cri d’impuissance. Or, leur salut n’est pas dans la critique, mais dans la proposition ; celle d’une véritable direction politique de l’Europe, condition nécessaire et indispensable au rétablissement de l’ordre financier sur le continent.
En clair, la solution à la crise passe par une avancée du fédéralisme et donc, plus d’Europe. Les européens ont besoin de consolider l’architecture de la monnaie unique et pour cela, de nommer un secrétaire d’Etat européen au Trésor. Un homme capable de décider des grandes orientations économiques et budgétaires. Un homme désigné par les chefs d’Etat et de gouvernement et à qui on doit confier la présidence de l’Ecofin et des réunions des ministres des Finances.
La réflexion doit s’engager sur le fond, dans la transparence et se construire avec le soutien de l’électorat européen. En France, la Présidentielle sera une formidable occasion d’engager ce débat. En s’adressant, dans une lettre, aux parlementaires, pour inclure « la règle d’or budgétaire » dans la Constitution, le président Sarkozy a donné le la. Il faut maintenant que chaque candidat clarifie sa position sur ce sujet et que le dialogue s’engage avec les Français. Ouvrons en fin la discussion, honnêtement, sans démagogie politique et intellectuelle.
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Rupture
Jeudi 28 juillet 2011Myope
Vendredi 19 novembre 2010Il est assez fascinant de voir la place que les médias français ont accordée au remaniement ministériel du dimanche 14 novembre dernier. On savait la France nombriliste, mais à ce point… Très décevant ! Voir inquiétant, car un tel traitement de l’actualité, marque assurément, une altération de la capacité médiatique à discerner la valeur des événements qui écrivent l’histoire immédiate.
Sur les chaînes d’informations en continu que sont BFM TV ou I TV, pour ne citer qu’elles, l’antenne a été prise « en otage » dès le milieu de matinée. Tous les plateaux avaient mobilisé leurs spécialistes, leurs intervenants et le direct était assuré par des envoyés spéciaux, principalement postés devant l’Elysée, Matignon et les sièges de partis. Un dispositif digne d’une soirée présidentielle ! Sauf que l’après-midi venait tout juste de débuter et qu’il allait falloir tenir jusqu’au soir. Commence alors le spectacle du vide. On apprend par exemple que François Fillon est monté dans sa voiture pour se rendre à l’Elysée. Puis quelques minutes plus tard que François Fillon repart de l’Elysée. «Un « journaliste » ira même jusqu’à avancer : « Nous l’avons vu traverser la Seine ». Quoi de plus logique puisque Matignon et l’Elysée ne se trouvent pas sur la même rive ! Tristement consternant.
Alors on se dit que cet épisode va se terminer et que l’on va peut-être, en attendant d’avoir de véritables informations sur ce remaniement, nous donner quelques nouvelles des tempêtes qui secouent notre planète et qu’il nous faudra demain (lundi 15 novembre en l’occurrence) collectivement affronter. Car ce même en jour en Europe, l’Irlande était pratiquement en cessation de paiement, le Portugal parlait de sortir de l’euro et l’Espagne se déclarait très inquiète sur son propre avenir économique.
Mais non… Nous continuons de suivre la voiture de François Fillon qui vient de réaliser son deuxième aller-retour à l’Elysée. On nous livre aussi un scoop, une capture écran de la page Internet de l’Elysée : « Regardez, il est actuellement marqué site en cours de réactualisation ». Dramatiquement fascinant !
Imaginez que ce même jour, à Rangoun (Birmanie), Aung San Suu Kyi, l’opposante à la junte birmane, prix Nobel de la paix et qui a passé quinze des vingt et une dernières années en détention retrouvait, le visage souriant de liberté, ses compatriotes pour délivrer un message de réconciliation.
Si l’espace médiatico-politique est un marqueur significatif de l’état de santé d’une démocratie, comme se plaisent à le croire certains spécialistes, cet épisode qui n’est au fond qu’un épiphénomène doit tout de même nous interroger très fortement. Car la myopie dont nous faisons preuve empêche notre pays de s’inscrire correctement dans son environnement mondial et d’avoir, au final, une vision d’avenir.
Dix ans déjà !
Mercredi 31 décembre 2008L’euro a dix ans ! L’âge de la confiance ? Peut-être… La monnaie unique semble en tout cas plus crédible et plus prisée que jamais.
Accusée de tous les maux depuis son introduction dans les porte-monnaie, l’euro a su ces derniers mois prouver ses valeurs de stabilité. La monnaie unique protège. Et c’est aujourd’hui le seul bouclier capable de résister aux assauts de la crise financière et économique mondiale. Car ne nous méprenons pas : sans l’euro, il y aurait actuellement une belle pagaille monétaire en Europe. Et la plupart des pays, dont la France, auraient déjà dévalué deux ou trois fois.
Quant aux plus sceptiques… Qu’ils se réfèrent à la situation des Etats européens restés en dehors l’union monétaire. Ils se rendront alors compte de la violence avec laquelle la crise s’est abattue sur ces économies. En quelques mois, la couronne islandaise a perdu 50 % de sa valeur. La livre sterling connaît, elle aussi, une érosion régulière de sa cote face à l’euro. Et alors qu’elle flirtait les 1,50 € en janvier 2007, elle n’est plus très loin de la parité. La liste est longue : Norvège, Estonie, Danemark… Tous sont entrain de reconsidérer leur positionnement par rapport à la monnaie unique. Alors oui ! Dix ans après son introduction, le bilan de l’euro est plutôt positif.
Certes, la monnaie unique a entraîné un surcroît d’inflation pendant un an, un an et demi après sa mise en service. Mais l’euro est aussi devenu la deuxième devise mondiale après le dollar. Il représente aujourd’hui 27 % des réserves de taux de change mondiales, protège les entreprises contre la volatilité de ces taux et renforce la convergence des économies européennes. La zone euro, c’est aussi 329 millions de personnes dans seize pays européens, soit 16,5 % de la richesse mondiale. Tout cela construit en dix ans. Ce n’est pas rien !
L’euro protège donc… Mais ne dynamise pas. Voilà le défi des dix prochaines années. Pour y arriver, la monnaie unique devra combler son déficit de représentation à l’international et créer un pilotage politique de l’économie. Ce qui jusqu’ici était impossible apparaît sous un jour nouveau depuis le début de la crise mondiale. Preuve en est le premier sommet des chefs d’Etat de la zone euro, tenu à Paris au mois d’octobre dernier.
Les conditions sont là. Ne reste plus qu’à définir la méthode. « Les pays qui veulent aller plus loin ne peuvent pas obliger les autres à le faire, mais ces derniers ne peuvent empêcher les premiers d’aller plus en avant » disait l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher. C’est ce qu’on appelle à Bruxelles la différenciation. Et c’est par la différenciation que les grandes avancées se sont faite. Citons pour exemple, l’espace Schengen et l’Union économique et monétaire. La méthode semble donc éprouvée…
Un monde à gouverner
Mardi 25 novembre 2008Crise financière et économique, échec des négociations du cycle de Doha à l’OMC, regain de tension au Moyen-Orient, dégradation des relations avec la Russie, mutation climatique accentuée, impasse du protocole de Kyoto… De nombreux maux sont apparus ou se sont dégradés en 2008, rendant notre monde unifié, chaque jour, un peu plus instable.
L’histoire nous enseigne que les crises brutales portent souvent le germe d’un nationalisme recouvré et menace la paix sur la planète. Mais elle nous enseigne aussi que les échanges sont un facteur de progrès, à condition que la puissance des marchés soit disciplinée par des règles. S’il est vrai que ces règles existent, il est aussi vrai qu’elles souffrent de n’être mis en musique. Il y a aujourd’hui un manque… Un manque de gouvernance très grave. Voilà ce dont pâtit notre monde !
Question : comment va-t-il réagir ? Car il faut une réaction si l’on souhaite une sortie de crise. Et à ce titre, l’année 2009 promet d’être passionnante. Elle est porteuse de risques. Certes ! Mais aussi d’opportunités incroyables. L’Histoire est en train de s’écrire avec nous. Les changements politiques récents, aux Etats-Unis, et imminent, en Europe, ouvrent une phase nouvelle. Ceux qui seront aux pouvoirs auront des responsabilités accrues. Et les attentes sont telles qu’elles les obligent à réussir. Donc à gouverner.
Obama l’a compris. Il en a pris la posture et interprètera le leadership américain « avec une capacité d’initiative et de persuasion qui a longtemps manqué à la scène internationale » relève Tommaso Padoa-Schioppa, président du think-tank « Notre Europe ».
Le grand défi de l’Europe sera de se doter d’une capacité de décision et d’action à la hauteur des enjeux. Les citoyens européens doivent se rassembler sur des projets clairs et autour des personnalités politiques qui les incarnent. Les élections de juin 2009 (Parlement européen) et de novembre 2009 (Commission européenne) sont à ce sens primordiales. Il faut une campagne intelligente, où chaque famille politique européenne désigne dans ses rangs un candidat à la présidence de la Commission. Les électeurs se prononceront alors sur un projet politique identifié, issu d’une plate-forme d’idées alimentée par les partis nationaux. Ils légitimeront aussi par leur vote, le candidat des partis à la présidence de la Commission.
L’Europe ne pourra enfin faire longtemps l’économie d’un président reconnu, d’un « ministre » des affaires étrangères et d’une modification de la mécanique de décision, en passant de l’unanimité à la majorité qualifiée. C’est à ce prix qu’elle pèsera sur la scène internationale. Qu’elle sera plus actrice que spectatrice. Et qu’elle injectera de la gouvernance dans ses piliers économique, environnemental et de défense commune. Retrouver une capacité à gouverner selon des principes démocratiques, c’est le grand défi qui attend le monde en 2009.