Archive pour le mot-clef ‘fmi’

Rupture

Jeudi 28 juillet 2011

A quoi jouent les agences de notation ? En début de semaine, Moody’s vient encore de dégrader la note de la Grèce, plaçant Athènes à un cran du défaut de paiement. C’est la première des trois grandes agences de notation à se prononcer en ce sens, après l’adoption du deuxième plan d’aide international.
« Moody’s sème la terreur » titrait le quotidien de Varsovie en début de semaine. Un mot d’ordre largement partagé par les autres capitales européennes qui supportent de moins en moins le diktat imposé par les trois agences de notations américaines, Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch. Il leur est aujourd’hui clairement reproché de trop bomber le torse. « Lorsque la zone euro est au bord de l’éclatement, une des trois agences n’est jamais très loin pour assener un coup mortel » lâche un haut fonctionnaire de la commission européenne. La guerre est ouverte !
Les pouvoirs publics qui ont largement contribué au cours des années passées à mettre les agences de notations sur un piédestal voient leur « créature » leur échapper. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’apprécient pas ce sentiment de perte de contrôle. Alors, ils ont décidé de tuer le « monstre ». Ou pour le moins, d’en créer un nouveau, une sorte de contre-monstre : l’agence européenne de notation.
Mais les agences de notation, aussi critiquables soient-elles –et elles le sont sur un certain nombre de points- ne peuvent pas être responsables de tous les maux. Ce coup de colère des Européens cache en fait un cri d’impuissance. Or, leur salut n’est pas dans la critique, mais dans la proposition ; celle d’une véritable direction politique de l’Europe, condition nécessaire et indispensable au rétablissement de l’ordre financier sur le continent.
En clair, la solution à la crise passe par une avancée du fédéralisme et donc, plus d’Europe. Les européens ont besoin de consolider l’architecture de la monnaie unique et pour cela, de nommer un secrétaire d’Etat européen au Trésor. Un homme capable de décider des grandes orientations économiques et budgétaires. Un homme désigné par les chefs d’Etat et de gouvernement et à qui on doit confier la présidence de l’Ecofin et des réunions des ministres des Finances.
La réflexion doit s’engager sur le fond, dans la transparence et se construire avec le soutien de l’électorat européen. En France, la Présidentielle sera une formidable occasion d’engager ce débat. En s’adressant, dans une lettre, aux parlementaires, pour inclure « la règle d’or budgétaire » dans la Constitution, le président Sarkozy a donné le la. Il faut maintenant que chaque candidat clarifie sa position sur ce sujet et que le dialogue s’engage avec les Français. Ouvrons en fin la discussion, honnêtement, sans démagogie politique et intellectuelle.

Une figure

Vendredi 8 octobre 2010

« Le miracle Lula », « L’héritage Lula », « Lula, l’exemple »… Peu d’hommes d’Etat cristallisent aujourd’hui sur leur nom une telle unanimité. Il faut dire que la scène internationale n’est pas encombrée de grands leaders politiques, de visionnaires… Sans faire de passéisme, il y a eu des temps plus riches !
Quand la constellation est sombre, on observe les étoiles les plus lumineuses. Quitte parfois à les porter aux nues ! Les années Lula ne sont pas exemptes de toutes critiques. Et qui cherche trouvera des ratages. Mais nul ne peut honnêtement contester l’ouvrage du président métallo. En huit ans, Lula a changé le Brésil : c’est incontestable et c’est considérable !
Du Brésil, retenons qu’il est aujourd’hui le « B » de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), soit la première lettre d’un vocable économique, utilisé pour désigner le noyau dur des pays émergents qui bouleversent la donne mondiale. Ainsi, suivant et appliquant les préconisations du Fonds monétaire international, Lula a arrimé son pays au cercle des grandes puissances. Un vrai tour de passe-passe économique !
Avant son accession au pouvoir, les dettes du Brésil s’élevaient à 260 milliards de dollars. Aujourd’hui, le pays peut compter sur une réserve de près de 250 milliards de dollars. Et comble du paradoxe, Lula a même prêté 14 milliards de dollars au FMI. Le salaire minimum a progressé de 55 % en huit ans et le chômage est tombé à son taux historiquement le plus bas, soit 6,7 %. Dans ce pays-continent, de près de 200 millions d’habitants, Lula a su faire émerger une classe moyenne. Ce qui est, sans conteste, sa plus grande réussite. Une victoire obtenue grâce à la « Bolsa familia », un programme d’aide aux familles les plus pauvres. Contre une allocation mensuelle, de 100 euros par mois, les mères s’engageaient à scolariser leurs enfants et à tenir leurs vaccinations à jour. La « Bolsa familia » prendra comme une traînée de poudre dans tout le Brésil ; 13 millions de foyers en bénéficient. Elle a stimulé l’économie locale, puis l’économie nationale.
« Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te regarder, ils s’habitueront. » Cette citation, signée René Char, Lula l’a incarné pour son pays. Alors que la Chine était l’atelier du monde, lui fournissait à cet atelier les matières premières dont il avait besoin. Et comme les prix de ces matières premières ne cessaient d’augmenter, il a bénéficié d’un fort courant ascendant.
En huit ans, Lula a rendu au Brésil sa dignité. Il a donné à son peuple de l’espoir. Et a finalement cimenté la cohésion sociale. Lui, le miséreux de naissance… a fabriqué de la richesse partagée !

Un monde à gouverner

Mardi 25 novembre 2008

Crise financière et économique, échec des négociations du cycle de Doha à l’OMC, regain de tension au Moyen-Orient, dégradation des relations avec la Russie, mutation climatique accentuée, impasse du protocole de Kyoto… De nombreux maux sont apparus ou se sont dégradés en 2008, rendant notre monde unifié, chaque jour, un peu plus instable.
L’histoire nous enseigne que les crises brutales portent souvent le germe d’un nationalisme recouvré et menace la paix sur la planète. Mais elle nous enseigne aussi que les échanges sont un facteur de progrès, à condition que la puissance des marchés soit disciplinée par des règles. S’il est vrai que ces règles existent, il est aussi vrai qu’elles souffrent de n’être mis en musique. Il y a aujourd’hui un manque… Un manque de gouvernance très grave. Voilà ce dont pâtit notre monde !
Question : comment va-t-il réagir ? Car il faut une réaction si l’on souhaite une sortie de crise. Et à ce titre, l’année 2009 promet d’être passionnante. Elle est porteuse de risques. Certes ! Mais aussi d’opportunités incroyables. L’Histoire est en train de s’écrire avec nous. Les changements politiques récents, aux Etats-Unis, et imminent, en Europe, ouvrent une phase nouvelle. Ceux qui seront aux pouvoirs auront des responsabilités accrues. Et les attentes sont telles qu’elles les obligent à réussir. Donc à gouverner.
Obama l’a compris. Il en a pris la posture et interprètera le leadership américain « avec une capacité d’initiative et de persuasion qui a longtemps manqué à la scène internationale » relève Tommaso Padoa-Schioppa, président du think-tank « Notre Europe ».
Le grand défi de l’Europe sera de se doter d’une capacité de décision et d’action à la hauteur des enjeux. Les citoyens européens doivent se rassembler sur des projets clairs et autour des personnalités politiques qui les incarnent. Les élections de juin 2009 (Parlement européen) et de novembre 2009 (Commission européenne) sont à ce sens primordiales. Il faut une campagne intelligente, où chaque famille politique européenne désigne dans ses rangs un candidat à la présidence de la Commission. Les électeurs se prononceront alors sur un projet politique identifié, issu d’une plate-forme d’idées alimentée par les partis nationaux. Ils légitimeront aussi par leur vote, le candidat des partis à la présidence de la Commission.
L’Europe ne pourra enfin faire longtemps l’économie d’un président reconnu, d’un « ministre » des affaires étrangères et d’une modification de la mécanique de décision, en passant de l’unanimité à la majorité qualifiée. C’est à ce prix qu’elle pèsera sur la scène internationale. Qu’elle sera plus actrice que spectatrice. Et qu’elle injectera de la gouvernance dans ses piliers économique, environnemental et de défense commune. Retrouver une capacité à gouverner selon des principes démocratiques, c’est le grand défi qui attend le monde en 2009.