Le 12 janvier 2011, Haïti perdait en un après-midi, plus de 250 000 citoyens et Port-au-Prince, la capitale, était à jamais défigurée.
Un an après l’ouverture de cette plaie béante, la cicatrice tarde à se refermer. Des espoirs de refondation, il ne reste plus « grande flamme ». Au fil des mois, les belles promesses de la communauté internationale se sont consumées, ne laissant sur le brasier des aspirations communes que quelques flammèches bien fragiles. Aujourd’hui, le pays est toujours dans un état de délabrement impressionnant. Et malgré l’importance de l’aide humanitaire, la survie de chacun est encore trop souvent une affaire d’initiatives individuelles.
Quelques chiffres méritent d’être cités… Dans le tremblement de terre, plus d’un million et demi de personnes ont perdu leur maison. Et selon l’Organisation internationale pour les migrations, il y avait encore plus d’un million de réfugiés dans les camps en septembre dernier. Des personnes qui, au cours des derniers mois, ont dû quitter leurs abris de fortune pour fuir les intempéries, les inondations et l’épidémie de choléra, toujours présente sur l’île.
Les Haïtiens se disent « fatigués de tous ces soubresauts de la nature ». Mais on le serait à moins !
Alors faisons fi des débats politiques, des polémiques sur la reconstruction ou sur l’aide et retenons de ce triste anniversaire, la formidable énergie qui habite le peuple haïtien.
Sophie, ergothérapeute, est depuis un an sur le terrain. Elle fait partie de ces milliers d’humanitaires… Tous les jours, elle témoigne sur son blog de son quotidien. Voilà ce qu’elle écrivait en début de semaine : « J’ai reçu au centre, en consultation, un petit garçon de dix ans à qui j’ai demandé pourquoi il voulait une prothèse. Il m’a simplement répondu que bien qu’il ait perdu sa maman et sa jambe durant le séisme, il voulait pouvoir retourner à l’école pour apprendre, parce que m’a-t-il dit : La vie continue ».
Dignes et généreux, les Haïtiens n’esquivent en rien la gravité d’un quotidien douloureux. Mais chaque jour, ils défient et dépassent leur condition, parce que disent-ils, sans résignation, « il faut vivre ».
Sur cette terre abîmée, sur cette île que l’on dit « maudite », il y a peut-être plus qu’ailleurs du « beau ». Du beau dans l’art qui s’exprime sur les murs d’une ville détruite. Du beau dans les hommes qui sur une jambe parfois se tiennent debout, ne cédant rien aux tourments de nature. Du beau dans la vie qui sourit intensément, là où on comprendrait qu’elle fasse grise mine. Quelle leçon ! Quelle leçon pour nous autres Français qui sommes le peuple le plus pessimiste d’Europe. Qui de ses faiblesses, qui de ses injustices, qui de ses angoisses… En oublie ses formidables atouts et son génie.
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Le temps d’après
Vendredi 14 janvier 2011Du pire et du meilleur
Mercredi 20 janvier 2010Une semaine après le début de l’une des plus graves crises humanitaires auxquelles les Nations unies ont eues à répondre, comment ne pas parler de la tragédie haïtienne ?
Il n’est plus aujourd’hui de catastrophe particulière qui ne soit pas mondialisée. C’était vrai avec le tsunami qui a ravagé l’Océan Indien en 2004 et c’est vrai aussi avec le tremblement de terre qui vient de dévaster Haïti. Ce qui se passe à l’autre bout du monde raisonne désormais comme un écho tout proche. Quand l’émotion touche au coeur, elle se nationalise, s’individualise. Ce qui arrive aux autres nous arrive… Car enfin, comment être insensible à ces flots d’images terrifiantes ? Comment ne pas vouloir venir en aide à ces femmes, ces hommes, ces enfants qui errent tels des hères dans les rues d’une capitale décapitée. Leur douleur, leurs pleurs, touchent chacun d’entre-nous dans ce qu’il a de plus profond, sa condition humaine. C’est en voisin plus qu’en téléspectateur que nous nous comportons alors ; cherchant à aider… Cherchant à agir…
Mais cette empathie, aussi sincère soit-elle, donne parfois le vertige. Car du meilleur peut naître le pire. Il y a d’abord ces tonnes de médicaments qui s’entassent à l’aéroport et qui, faute d’être distribués, ne servent à personne. Il y a ensuite les guéguerres diplomatiques. Qui de la France ou des Etats-Unis fait le plus, apporte le plus… Comme ci cette préoccupation avait une quelconque importance dans le quotidien meurtri des habitants de Port-au-Prince. Il y a encore cette recherche effrénée des enfants en cours d’adoption. Comme ci ceux-ci avaient soudainement plus de valeurs que ceux –les autres- qui sont blessés, désemparés. Drôle de priorité ! Que l’on s’assure que les enfants en attente d’adoption soient en vie, que l’on en informe les familles, que l’on stabilise la situation des sinistrés dans la capitale et que l’on organise ensuite le voyage de ces enfants auraient été moins choquants.
Le malheur n’est pas égalitaire, il frappe les plus faibles. Mais il faudrait que les secours le soient. Seulement voilà, pour cela, il faut canaliser l’aide. Or, comment faire quand on se retrouve face à un gouvernement à terre et que les ONG ont plus de moyens et d’argent que l’Etat lui-même ?
Si en répondant à cette question, les acteurs internationaux et locaux trouvent une juste régulation, cette tragédie deviendra peut-être pour Haïti, l’occasion de changer de cap. Ce scénario n’est pas impossible. L’histoire est en train de s’écrire. Mais avant de penser à la fin du livre, revenons au chapitre qui nous occupe : un drame humain
La faim dans le monde
Mercredi 16 avril 2008Sur les marchés de Mexico, le prix des tortillas (crêpes de maïs) ont augmenté de plus de 50 %. Sur les étals de Bamako, la farine de mil ne se vend plus. Trop chère ! À Cao Minh Huong, un des vieux quartiers de Hanoï, les clientes du marché couvert achètent toujours du riz. Mais pour le même prix, elles en ont beaucoup moins ! En Mauritanie, au Cameroun, au Burkina Faso, en Indonésie, en Egypte, au Maroc, au Sénégal, à Madagascar… Et la liste est encore longue, les populations crient famine dans la rue.
Étranglés par l’augmentation continue du prix des denrées alimentaires, des hommes et des femmes armés symboliquement de casseroles et de boîtes de conserve, nous ramènent à une réalité que l’on croyait –ou que l’on se plaisait à croire- en partie éradiquée. Réveil brutal, choc moral, les images « des émeutes de la faim » vont-elles déranger nos consciences ? Vont-elles bousculer l’Occident ou pour le moins, susciter son intérêt ?
L’ONU est inquiète ! Car chaque fois que les denrées de base augmentent de 1 %, c’est 16 millions de personnes dans le monde qui meurent de faim. Et les analystes ne voient pas pourquoi les prix alimentaires baisseraient dans l’immédiat. Or, une chose est certaine : les populations ne se laisseront pas mourir sans rien faire. Les émeutiers sont d’ailleurs là pour en témoigner. Au risque de déstabiliser parfois, les seuls régimes qui échappent aux dictatures.
Les responsables sont connus. La FAO, le FMI, la Banque mondiale, autant de guichets internationaux qui ont poussé, au début des années 70, les pays du tiers-monde à renoncer à l’agriculture vivrière, pour se reconvertir dans l’agriculture d’exportation. Avec pour seul objectif : le remboursement de leurs dettes. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée, mais le mal est déjà fait.
Autres causes : la demande accrue des pays émergents suscitée par la poussée démographique. Le monde agricole n’a pas pu suivre. D’autant que les terres ont été, au fil des années, grignotées par l’urbanisation galopante. Un phénomène particulièrement prégnant en Asie. La flambée des prix du pétrole tue enfin toute tentative de développer un commerce interrégional. Face au déficit d’importation, les échanges entre régions frontalières auraient pu constituer une alternative intéressante. N’y pensez plus ! Les réservoirs des camions sont vides et les transporteurs locaux n’ont plus les moyens de les remplir.
Pendant ce temps-là, de l’autre côté de la ligne de fracture, on a perdu le Nord. Pour remplir nos moteurs, nous n’avons rien trouvé de mieux que d’utiliser des céréales. Des hectares de cultures vivrières sacrifiées pour lutter contre l’effet de serre. Une juste cause… Certes ! Mais comment expliquer à un Malgache qui est prêt à donner sa vie pour un sac de riz que les agrocarburants, c’est l’avenir ! Cruelle contradiction de ce monde où l’on meurt de surpoids au Nord et de famine au Sud. Seulement voilà… En avoir conscience ne suffi plus. Il faut lier l’action à la morale et arriver à réguler cette orgie spéculative planétaire.