Archive pour le mot-clef ‘lisbonne’

La cigale et les fourmis

Vendredi 14 mai 2010

Nul ne sait aujourd’hui, avec exactitude, quel sera l’épilogue de la tragédie grecque ! Nul ne sait non plus dans quelle proportion cette crise peut gangrener d’autres membres de la communauté. Mais d’ores et déjà, le peuple hellénique doit se préparer à être corseté très serré. L’effort demandé est digne d’une performance olympique : regagner quatre points de PIB (produit intérieur brut, autrement dit la somme totale des richesses produites en une année) dès la première année, puis deux points les trois années suivantes. À titre de comparaison, l’effort demandé aux Français pour réformer le système des retraites, équivaut à 1,5 point de PIB. Le ciel grec s’est assombri et pour longtemps.
Mais de cette histoire, personne n’ose trop sourire en Europe. À part l’Allemagne peut-être-, mais d’un rire nerveux… Agacés qu’ils sont du laxisme économique de leurs partenaires. Eux qui ont encaissé la réunification et accepté dix ans durant la stagnation de leurs salaires et la baisse des remboursements sociaux. « La fourmi n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut » dit la fable.
Le problème, c’est que chez les cigales voisines, on a dans le même temps, dépensé sans compter. Après Athènes, Madrid et Lisbonne montrent de sérieux signes de faiblesse. Au Portugal, l’économie est atone. Les fonds européens utilisés pour améliorer les infrastructures n’ont aucunement renforcé l’industrie. Les salaires ont été augmentés sans gain de productivité et les coûts du travail ont explosé. Si bien que ce pays a sabordé son avantage comparatif, fondé sur sa main d’œuvre bon marché. Plus de demande intérieure, plus de compétitivité… Plus d’élan.
En Espagne, c’est moins la dette publique que l’endettement privé qui pose problème. L’économie du pays reposait sur l’activité immobilière. Et celle-ci était financée par l’endettement des ménages. Or, l’explosion de la bulle immobilière a laissé nombre de personnes sur le bord de la route. Si bien qu’aujourd’hui le chômage des jeunes dépasse les 20 %. Les perspectives de croissance sont quasi nulle.
Même la France qui feint de ne pas pouvoir être touchée ferait bien de se préoccuper de sa dette. A la fin de l’année, en Europe, le ratio dette/PIB atteindra 125 % pour la Grèce, 120 % pour l’Italie et 85 % pour la France. La charge de cette dette consomme en intérêts versés 6 % du PIB grec, 5 % de l’italien et 3% du français. Rappelons qu’en 1975, la dette moyenne des pays industrialisés ne représentait pas plus de 40 % du PIB.
Si l’on veut éviter que la crise grecque ne se propage ailleurs en Europe, il va falloir que les gouvernements nationaux aient le courage de dire à leur peuple que l’heure est venue enfin de répondre aux problèmes de l’endettement public. Cela implique des mesures d’austérité et des systèmes sociaux moins généreux. Politiquement, ce n’est pas très porteur… Certes ! Mais, souvenons-nous que si parfois le médicament a mauvais goût, on lui est toujours redevable à la fin de nous avoir guéris.

Armée pour influer

Jeudi 12 novembre 2009

De la référence à l’influence. Après un accouchement difficile, le Traité de Lisbonne entrera en vigueur le 1er décembre prochain. La première étape sera alors de désigner les titulaires des deux principaux postes créés par le Traité, à savoir le président du conseil européen et le haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune. Or, contrairement à ce qui est parfois affirmé, le plus important des deux n’est pas forcément celui dont on parle le plus. Car si le poste de président du conseil européen va certes assurer la visibilité de l’Union, c’est bien celui des affaires étrangères qui pèsera sur la scène internationale.
Pourquoi ? Parce que le Traité de Lisbonne donne des pouvoirs accrus à ce véritable ministre des affaires étrangères de l’Union. Il fusionne les postes actuels du Haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune, détenu par Javier Solana et celui du commissaire européen chargé des relations extérieures, occupé par Benita Ferrero Waldner. Il devient ainsi par un subtil agencement, l’un des vice-présidents de la commission et dépend parallèlement toujours du conseil. C’est donc lui qui assurera la cohérence de la troïka européenne et qui, en toute logique, prendra l’ascendant sur les autres présidents.
Le Haut représentant disposera d’un service de diplomatie européen dans chacun des pays du monde, ce qui réduira d’autant le rôle des ambassades bilatérales des États-membres. Ces ambassades au personnel accru iront d’ailleurs puiser un tiers de leurs fonctionnaires dans les services diplomatiques nationaux. Et pour créditer son action, le Traité donne à ce super ministre des affaires étrangères de nouveaux outils, dont un de poids en octroyant à l’Europe « une personnalité juridique », c’est-à-dire la capacité de contracter.
Le président du conseil européen n’aura pas autant de latitude dans son action. Posté à côté des chefs des Etats membres, il sera un arbitre interne adossé à une fonction de représentation extérieure. Les qualités premières requises pour ce poste sont l’écoute, le discernement, l’abnégation et la capacité d’entraînement. Des aptitudes qui doivent s’incarner dans un homme capable de synthétiser les cultures sédimentées de l’espace européen. Aujourd’hui, c’est le providentiel ministre belge Van Rompuy qui semble tenir la corde pour ce poste. Mais Jean-Claude Junker et Felipe Gonzales sont en embuscade.
De la référence, l’Union est armée pour passer à l’influence. Un pas plus que nécessaire pour sortir de sa semi-dépendance atlantiste. C’est là aujourd’hui le sens de la construction européenne : proposer un autre modèle au monde, construit sur une idéologie de progrès global crédible.

Politiser l’Europe

Vendredi 20 juin 2008

european_union.jpgIls devaient embrasser l’Europe… Dire « oui », plus que d’autres. Car s’il est un peuple qui peut témoigner des bienfaits de la solidarité européenne, c’est bien les Irlandais ! Eux qui ont bénéficié de la plus importante injection de fonds européens par habitant depuis leur adhésion en 1973. Eux qui ont connu les affres d’une nation pauvre –leur PIB s’élevait à moins de 70 % de la moyenne communautaire- et qui tutoient désormais les nations prospères de l’Union -leur PIB dépasse de 1,5 fois la moyenne communautaire-.
Les Irlandais avaient toutes les raisons de dire « oui ». Et pourtant… Ils ont dit « non ». Non au Traité de Lisbonne ? Sans doute ! Un peu. Non à l’immigration, non au chômage, non à la réforme de leur fiscalité… Les Irlandais ont condamné les politiques et les mécaniques de l’Union européenne bien plus que sa finalité. Et c’est en cela que ce « non » est intéressant. Comme l’étaient avant lui, les « non » français et néerlandais.
L’Europe ressemble à une grande Suisse ! Prospère, dotée d’une union douanière, d’une autorité de la concurrence, d’une cour de justice mais incapable de peser politiquement et de relever les défis que pose une situation mondiale toujours plus complexe. Voilà où le bât blesse ! L’Union a atteint plus vite que prévu le stade politique que lui fixaient ses fondateurs. Et concrètement, elle est aujourd’hui incapable d’y répondre.
Il faut dire que la nature du défi est complexe. Car pour y arriver, il faut que l’Union prouve qu’il est possible de respecter les identités nationales tout en construisant une démocratie supranationale. Or, le traité de Lisbonne offrait justement les moyens d’y parvenir, en augmentant les pouvoirs du Parlement européen. Car un traité, c’est avant tout un outil. Un outil qui répartit les compétences entre les institutions. Et un outil ne peut faire échec à une Europe plus sociale ou à une immigration contrôlée. C’est aux politiques que revient ce rôle. C’est aux politiques de s’emparer du cadre pour l’animer. Après tout, le premier talent de la politique n’est-ce pas la pédagogie des enjeux ? Sur ce point, force est de constater que nos élus n’ont pas été très bons !
Jusqu’à ce jour, les campagnes pour les élections européennes ont toujours été très nationales. Quant aux grandes formations politiques qui dominent l’Europarlement, elles n’ont jamais eu de vrai projet de société pour l’Union. Les élus connaissent mal ou pas l’Europe. Ils donnent à leurs concitoyens l’image d’une Europe qui pourrait faire mais qui ne fait rien. « Elle pourrait juguler la hausse des prix du pétrole » disent, par exemple, certains. Ah bon ! Il existe une compétence dans ce domaine à Bruxelles…
L’Europe doit se politiser s’il veut renouer avec son peuple. Et les prochaines élections au Parlement européen, en juin 2009, en est une merveilleuse occasion. Les formations politiques pourraient désigner un leader qui conduirait toutes les listes nationales de sa couleur autour d’un projet politique fort. Et en cas de victoire, ce leader pourrait prendre la présidence de la commission. Il se créerait ainsi un sentiment d’appartenance plus fort et une vision clairement plus démocratique de l’Union auprès des citoyens.