Nul ne sait aujourd’hui, avec exactitude, quel sera l’épilogue de la tragédie grecque ! Nul ne sait non plus dans quelle proportion cette crise peut gangrener d’autres membres de la communauté. Mais d’ores et déjà, le peuple hellénique doit se préparer à être corseté très serré. L’effort demandé est digne d’une performance olympique : regagner quatre points de PIB (produit intérieur brut, autrement dit la somme totale des richesses produites en une année) dès la première année, puis deux points les trois années suivantes. À titre de comparaison, l’effort demandé aux Français pour réformer le système des retraites, équivaut à 1,5 point de PIB. Le ciel grec s’est assombri et pour longtemps.
Mais de cette histoire, personne n’ose trop sourire en Europe. À part l’Allemagne peut-être-, mais d’un rire nerveux… Agacés qu’ils sont du laxisme économique de leurs partenaires. Eux qui ont encaissé la réunification et accepté dix ans durant la stagnation de leurs salaires et la baisse des remboursements sociaux. « La fourmi n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut » dit la fable.
Le problème, c’est que chez les cigales voisines, on a dans le même temps, dépensé sans compter. Après Athènes, Madrid et Lisbonne montrent de sérieux signes de faiblesse. Au Portugal, l’économie est atone. Les fonds européens utilisés pour améliorer les infrastructures n’ont aucunement renforcé l’industrie. Les salaires ont été augmentés sans gain de productivité et les coûts du travail ont explosé. Si bien que ce pays a sabordé son avantage comparatif, fondé sur sa main d’œuvre bon marché. Plus de demande intérieure, plus de compétitivité… Plus d’élan.
En Espagne, c’est moins la dette publique que l’endettement privé qui pose problème. L’économie du pays reposait sur l’activité immobilière. Et celle-ci était financée par l’endettement des ménages. Or, l’explosion de la bulle immobilière a laissé nombre de personnes sur le bord de la route. Si bien qu’aujourd’hui le chômage des jeunes dépasse les 20 %. Les perspectives de croissance sont quasi nulle.
Même la France qui feint de ne pas pouvoir être touchée ferait bien de se préoccuper de sa dette. A la fin de l’année, en Europe, le ratio dette/PIB atteindra 125 % pour la Grèce, 120 % pour l’Italie et 85 % pour la France. La charge de cette dette consomme en intérêts versés 6 % du PIB grec, 5 % de l’italien et 3% du français. Rappelons qu’en 1975, la dette moyenne des pays industrialisés ne représentait pas plus de 40 % du PIB.
Si l’on veut éviter que la crise grecque ne se propage ailleurs en Europe, il va falloir que les gouvernements nationaux aient le courage de dire à leur peuple que l’heure est venue enfin de répondre aux problèmes de l’endettement public. Cela implique des mesures d’austérité et des systèmes sociaux moins généreux. Politiquement, ce n’est pas très porteur… Certes ! Mais, souvenons-nous que si parfois le médicament a mauvais goût, on lui est toujours redevable à la fin de nous avoir guéris.
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La cigale et les fourmis
Vendredi 14 mai 2010Vertige irakien
Jeudi 9 juillet 2009Symbolique ! Les soldats américains ont quitté les villes irakiennes. Depuis le 1er juillet, ils se sont redéployés autour des agglomérations. Sur le terrain, leur nombre reste identique, un peu plus de 130 000 hommes. Et dans le ciel, l’US Air Force garde les commandes. Pas de quoi soulever des effusions de joie à première vue ! Quant à faire de cette journée, un jour férié…
Symbolique ! C’est le mot qui est important. Le transfert des villes aux forces irakiennes permet une moindre visibilité des soldats américains, dont la présence suscitait des réactions plus que partagées. Ce retrait apaise les esprits. Tout comme l’annonce du président Obama qui promet un départ progressif du pays avant la fin 2011. Faut-il y voir une bonne nouvelle ? Est-ce là, le début d’une vraie Souveraineté irakienne ? Difficile de rendre une réponse définitive, tant la montagne est haute et la pente vertigineuse.
Premier enjeu fondamental, la sécurité. Depuis 1980, les Irakiens vivent en guerre : Iran-Irak (huit ans de conflit), défaite au Koweït en 1991, puis viennent les sanctions des Nations unies qui, en 13 ans, ont ruiné l’économie du pays. 2003, l’invasion américaine. 2003-2007, les sunnites entrent en guerre contre l’occupation et simultanément, une guerre civile éclate entre chiites et sunnites.
En Irak, le sang a tant coulé ces dernières années que rien ne peut être entrepris à l’avenir, si la sécurité n’est pas enfin garantie. Sur ce point, les Américains sont confiants. La violence aurait décru : 3 250 actes hostiles recensés en 2008, contre 6 600 en 2006. Mais si la violence a diminué c’est parce qu’on l’a rendu plus difficile. Ne rêvons pas ! L’amour et la concorde ne sont pas revenus d’un coup de baguette magique illuminer la vie des Irakiens. Et ça, c’est un véritable problème… Car cela signifie que les critères de stabilité politique sont loin d’être réunis. Le dialogue social et interconfessionnel a complètement disparu au sein de la société irakienne, ce qui remet en cause la notion même de citoyenneté dans ce pays. De fait, à tout moment, un regain d’insurrection entre Sunnites, Kurdes ou Chiites pourrait conduire l’Irak vers un nouveau chaos.
Nul doute, l’avenir du pays va se jouer dans la stabilité de l’édifice politique irakien. L’étape cruciale de cette construction est déjà fixée : ce seront les élections législatives de janvier 2010. Une date hautement plus importante que celle que nous venons de vivre ! Cette fois, les Américains seront hors-jeu. Et de ce jour historique dépendra de la construction démocratique irakienne. En attendant, le Premier ministre, Nouri Al-Maliki doit préserver l’essentiel : l’état de statut quo.
Nouvelle Perse
Jeudi 25 juin 2009Assis dans la rue autour de son corps… Ils essaient de la ranimer… Ils la supplient de rester en vie. En vain…
Neda Soltani est morte samedi, atteinte d’une balle en pleine poitrine, alors qu’elle manifestait avec son père, avenue Kargar, dans le centre de Téhéran. Comme quelques autres des victimes de cette journée noire, sa mort a été filmée par un manifestant, et mise en ligne sur Internet. Depuis sa photo a fait le tour du monde. Neda –son nom signifie message divin en persan- a donné un visage à la répression des opposants à Ahmadinejad. Sera-t-il assez fort pour faire plier le régime théocratique des mollahs ? La réponse semble prématurée… Mais le mouvement est bien amorcé.
Neda, symbole de la révolte iranienne, voilà en tout cas une belle incarnation du rêve démocratique de la jeunesse persane. D’abord parce que c’est une femme. Et que cette femme est représentée sur toutes les photos qui circulent aujourd’hui à travers le monde cheveux nus. Or, en Iran, ce fait est extrêmement rare !
Ensuite, parce qu’elle montre à l’occident que les femmes rêvent aussi de liberté dans ce pays et qu’elles le clament dans la rue, au même titre que les hommes. Avec beaucoup de courage d’ailleurs !
Enfin parce que sa mort renvoie à une question fondamentale : comment peut-on être persan aujourd’hui ? Une question abordée de fort belle manière dans le film de Marjane Satrapi, « Persepolis ». Dans ce pays où l’on se donne rendez-vous sur MSN, où l’on fait la révolution via « Twitter » et où l’on regarde pour s’informer BBC en farci, on ne veut plus subir les excès arbitraires de la République islamique. Voilà pourquoi, pour la première fois depuis 120 ans, les Iraniens se mobilisent en masse sans le soutien des religieux et sans motivation religieuse. Ce qui est extraordinaire !
Mais si cette chaîne verte de la démocratie a gagné du terrain dans le pays, elle n’a pas encore complètement conquis l’autre Perse : celle des provinces plus reculées, des classes moins informées et des familles plus âgées. Cette Perse-là croit encore aux discours d’ordre et aux incantations antisémites de Mahmoud Ahmadinejad.
C’est de cette dualité, quasi schizophrénique, que la société iranienne est entrain de sortir. Le mouvement est irréversible et l’issue finale n’est plus qu’une question de temps. Comment peut-il en être autrement !
Il n’y a pas si longtemps pour vivre leur rêve de liberté, les Iraniens n’avaient qu’une voie : le déracinement. Aujourd’hui, ils ont fait un autre choix : vivre libre dans leur pays ! Le monde ne peut pas rester sourd à un tel appel.
Dix ans déjà !
Mercredi 31 décembre 2008L’euro a dix ans ! L’âge de la confiance ? Peut-être… La monnaie unique semble en tout cas plus crédible et plus prisée que jamais.
Accusée de tous les maux depuis son introduction dans les porte-monnaie, l’euro a su ces derniers mois prouver ses valeurs de stabilité. La monnaie unique protège. Et c’est aujourd’hui le seul bouclier capable de résister aux assauts de la crise financière et économique mondiale. Car ne nous méprenons pas : sans l’euro, il y aurait actuellement une belle pagaille monétaire en Europe. Et la plupart des pays, dont la France, auraient déjà dévalué deux ou trois fois.
Quant aux plus sceptiques… Qu’ils se réfèrent à la situation des Etats européens restés en dehors l’union monétaire. Ils se rendront alors compte de la violence avec laquelle la crise s’est abattue sur ces économies. En quelques mois, la couronne islandaise a perdu 50 % de sa valeur. La livre sterling connaît, elle aussi, une érosion régulière de sa cote face à l’euro. Et alors qu’elle flirtait les 1,50 € en janvier 2007, elle n’est plus très loin de la parité. La liste est longue : Norvège, Estonie, Danemark… Tous sont entrain de reconsidérer leur positionnement par rapport à la monnaie unique. Alors oui ! Dix ans après son introduction, le bilan de l’euro est plutôt positif.
Certes, la monnaie unique a entraîné un surcroît d’inflation pendant un an, un an et demi après sa mise en service. Mais l’euro est aussi devenu la deuxième devise mondiale après le dollar. Il représente aujourd’hui 27 % des réserves de taux de change mondiales, protège les entreprises contre la volatilité de ces taux et renforce la convergence des économies européennes. La zone euro, c’est aussi 329 millions de personnes dans seize pays européens, soit 16,5 % de la richesse mondiale. Tout cela construit en dix ans. Ce n’est pas rien !
L’euro protège donc… Mais ne dynamise pas. Voilà le défi des dix prochaines années. Pour y arriver, la monnaie unique devra combler son déficit de représentation à l’international et créer un pilotage politique de l’économie. Ce qui jusqu’ici était impossible apparaît sous un jour nouveau depuis le début de la crise mondiale. Preuve en est le premier sommet des chefs d’Etat de la zone euro, tenu à Paris au mois d’octobre dernier.
Les conditions sont là. Ne reste plus qu’à définir la méthode. « Les pays qui veulent aller plus loin ne peuvent pas obliger les autres à le faire, mais ces derniers ne peuvent empêcher les premiers d’aller plus en avant » disait l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher. C’est ce qu’on appelle à Bruxelles la différenciation. Et c’est par la différenciation que les grandes avancées se sont faite. Citons pour exemple, l’espace Schengen et l’Union économique et monétaire. La méthode semble donc éprouvée…