Archive pour le mot-clef ‘russie’

Réconcilier dans la douleur

Jeudi 15 avril 2010

Le chemin du martyr polonais passe par Katyn… Mais celui de la réconciliation aussi !
« Katyn désigne une fois encore le malheur de ce pays», écrivait, cette semaine, dans le journal polonais Gazeta Wyborcza, Adam Michnik, figure du syndicat Solidarnosc.
Soixante-dix ans après l’exécution par Staline de 22 000 officiers polonais à Katyn, c’était au tour de l’avion présidentiel de se crasher, le week-end dernier, près de ce lieu maudit, en terre soviétique. La délégation devait y commémorer l’anniversaire de ce massacre et sceller ainsi, après cinquante années de mensonges russes –ils accusaient les nazis de ces faits-, la réconciliation de deux frères ennemis.
La symbolique était donc historique ! Malheureusement, le rendez-vous a, lui, été manqué. Comme en 1940 et une fois encore, c’est une partie de l’élite polonaise qui a été anéantie. Parmi les 96 personnes, présentes à bord de l’avion, figuraient tous les plus hauts responsables militaires, deux vice-présidents de la Diète (la chambre basse du Parlement), une vice-présidente du Sénat, le président de la Banque centrale, trois vice-ministres, le chef du Comité olympique… À croire que le sort s’acharne. Que le malheur du peuple polonais n’est pas un mythe…
Mais c’est parfois dans l’épreuve que les destins se lient. Et l’erreur serait pour les Polonais de faire de Katyn une obsession. Et de suspecter à nouveau Moscou de tous les maux. Dans la douleur doit se poursuivre la réconciliation. Certes, c’est une terrible destinée… Mais la Pologne n’a –t-elle presque pas toujours écrit soin Histoire dans la tragédie ? Prise en cisaille entre la Russie tsariste et la Prusse, tombée ensuite du mauvais côté du mur, elle a appris à grandir dans l’ombre du géant russe. Une Russie qu’elle a longtemps redoutée, mais qu’elle connaît mieux que personne en Europe. Une Russie dont elle s’est définitivement affranchie en entrant dans l’Union européenne et, surtout, en adhérant à l’OTAN. C’était là le vœu de tout un peuple, pour qui cette adhésion représentait la garantie d’une protection militaire en cas d’agression. Voilà pourquoi la Pologne est un des pays européens les plus atlantiste ! Et au regard de l’Histoire, comment blâmer cette posture ?
Reste que la Pologne est aussi et avant tout un pays de la communauté européenne. Et quand on appartient à une communauté, la moindre des choses c’est que les membres de cette communauté vous soutiennent en cas de malheur. C’est le rôle de l’Europe aujourd’hui. C’est aussi son devoir et son intérêt. Ensuite, l’Europe devra faciliter, dans la limite de ces moyens, les conditions de la réconciliation. Le travail commencé entre Varsovie et Moscou avant le drame doit se poursuivre. C’est essentiel si l’on veut un jour des relations apaisées avec la Russie.

Un monde à gouverner

Mardi 25 novembre 2008

Crise financière et économique, échec des négociations du cycle de Doha à l’OMC, regain de tension au Moyen-Orient, dégradation des relations avec la Russie, mutation climatique accentuée, impasse du protocole de Kyoto… De nombreux maux sont apparus ou se sont dégradés en 2008, rendant notre monde unifié, chaque jour, un peu plus instable.
L’histoire nous enseigne que les crises brutales portent souvent le germe d’un nationalisme recouvré et menace la paix sur la planète. Mais elle nous enseigne aussi que les échanges sont un facteur de progrès, à condition que la puissance des marchés soit disciplinée par des règles. S’il est vrai que ces règles existent, il est aussi vrai qu’elles souffrent de n’être mis en musique. Il y a aujourd’hui un manque… Un manque de gouvernance très grave. Voilà ce dont pâtit notre monde !
Question : comment va-t-il réagir ? Car il faut une réaction si l’on souhaite une sortie de crise. Et à ce titre, l’année 2009 promet d’être passionnante. Elle est porteuse de risques. Certes ! Mais aussi d’opportunités incroyables. L’Histoire est en train de s’écrire avec nous. Les changements politiques récents, aux Etats-Unis, et imminent, en Europe, ouvrent une phase nouvelle. Ceux qui seront aux pouvoirs auront des responsabilités accrues. Et les attentes sont telles qu’elles les obligent à réussir. Donc à gouverner.
Obama l’a compris. Il en a pris la posture et interprètera le leadership américain « avec une capacité d’initiative et de persuasion qui a longtemps manqué à la scène internationale » relève Tommaso Padoa-Schioppa, président du think-tank « Notre Europe ».
Le grand défi de l’Europe sera de se doter d’une capacité de décision et d’action à la hauteur des enjeux. Les citoyens européens doivent se rassembler sur des projets clairs et autour des personnalités politiques qui les incarnent. Les élections de juin 2009 (Parlement européen) et de novembre 2009 (Commission européenne) sont à ce sens primordiales. Il faut une campagne intelligente, où chaque famille politique européenne désigne dans ses rangs un candidat à la présidence de la Commission. Les électeurs se prononceront alors sur un projet politique identifié, issu d’une plate-forme d’idées alimentée par les partis nationaux. Ils légitimeront aussi par leur vote, le candidat des partis à la présidence de la Commission.
L’Europe ne pourra enfin faire longtemps l’économie d’un président reconnu, d’un « ministre » des affaires étrangères et d’une modification de la mécanique de décision, en passant de l’unanimité à la majorité qualifiée. C’est à ce prix qu’elle pèsera sur la scène internationale. Qu’elle sera plus actrice que spectatrice. Et qu’elle injectera de la gouvernance dans ses piliers économique, environnemental et de défense commune. Retrouver une capacité à gouverner selon des principes démocratiques, c’est le grand défi qui attend le monde en 2009.

L’échiquier caucasien

Mercredi 10 septembre 2008

Sur l’échiquier, les Russes ne jouent jamais sans penser le coup d’après. Ils sont maîtres en la matière ! Les contrer demande beaucoup de finesse, d’habileté tactique. Et aussi un minimum de forces.
De la finesse, le président géorgien Mikheil Saakachvili n’en a pas vraiment eu en se lançant à la reconquête de l’Ossétie sécessionniste sans être certain du soutien des Occidentaux. Les Américains ont certainement adoubé cette offensive, mais sont restés discrets dans l’action. Car si l’Amérique craint que son ex-adversaire de la Guerre froide ne retrouve une position dominante sur la scène internationale, elle ne peut l’affronter de face. En raison de sa puissance énergétique et des défis géopolitiques posés par le monde arabo-musulman.
De l’habileté tactique, parlons-en ! En déclenchant les hostilités, la Géorgie a mordu les mollets du colosse russe. Difficile ensuite d’aller expliquer à ceux-ci qu’ils ont eu tort de sortir les griffes. Le coup joué par Saakachvili a été contre-productif. Il met en cause sa responsabilité et oblige la communauté internationale à reconnaître le préjudice.
De la force, il n’en est question pour personne. Les Occidentaux ne peuvent inciter ouvertement les Géorgiens à céder à la pression russe, mais n’ont presque aucun moyen d’agir sur la Russie. Et si, un jour, ils étaient contraints de choisir entre Moscou et Tbilissi, il n’est pas difficile d’imaginer de quel côté pencherait la balance.
« L’ouverture » russe était donc presque parfaite. Presque, car il n’avait pas anticipé l’inenvisageable… L’union sacrée des vingt-sept dans ce dossier. Pour la première fois, l’Union européenne parle d’une seule voix. Ce n’était jamais arrivé jusque-là. Cette cohésion fait aujourd’hui sa force et c’est grâce à elle que Nicolas Sarkozy a pu, au nom de l’Union, tenir ferme face à Moscou.
Dans un mois, les forces russes se retireront du territoire géorgien. Au 1er octobre, deux cents observateurs de l’UE seront envoyés sur le terrain. Echec ? Assurément non ! Un répit, sans plus. Les Russes ne reviennent pas sur l’essentiel, à savoir leur présence en Ossétie du Sud et en Abkhazie, deux régions séparatistes qu’ils ont reconnues comme indépendantes. De fait, leur emprise sur le sol géorgien est plus forte qu’avant le début des hostilités.
A qui perd gagne, les joueurs d’échecs préféreront le pat. Dans le Caucase, la partie ne fait que s’ouvrir. Les immenses réserves gazières et pétrolières de la mer Caspienne font de cette partie du monde un endroit stratégique, dont les clés résident en Turquie, gardienne de la mer Noire. Son influence rayonne jusqu’en Ukraine, pays amené à devenir le prochain enjeu de la partie d’échecs disputée avec Moscou.