Archive for février, 2009

A voir et à manger

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Âge : 27 ans Née à Bourg Corinne Bertrand utilise pour ses prises de vue un Nikon de 24 millions de pixels. « Je travaille en lumière du jour, mais cet appareil me permet de faire un travail équivalent à celui d’une chambre noire« .

Shootez, ça va refroidir !

Il lui faut en moyenne une heure à une heure et demie pour prendre une photo. Une amatrice, direz-vous. Quelqu’un qui prend son temps ? Eh bien, pas du tout, au contraire. Corinne Bertrand est photographe culinaire et se dit plutôt pressée. Pressée d’arriver. Plus loin, plus haut, à la poursuite de son rêve de jeunesse.
Native de l’Ain, Corinne Bertrand ambitionne en effet de réduire le monde aux dimensions d’une boîte depuis qu’elle a huit ans. Mais à l’époque, concède-t-elle, « C’était presque un métier en voie de disparition. »
À 15 ans, Corinne Bertrand démarche les photographes de la région. C’est ainsi qu’elle rencontre Thierry Moiroux, fondateur de l’agence Thyx, à Bourg, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Ain. L’homme de l’art accepte de lui servir de mentor au gré des photos qu’elle lui présente.
Corinne Bertrand passe alors son bac, s’inscrit même en BTS de gestion « pour faire plaisir à mes parents » avant d’être finalement embauchée par le même Thierry Moiroux, regard bienveillant de ses débuts amateur. « Ce dernier m’a prise à condition que j’effectue une école de photo ». Ce sera chose faite, chez Speos, à Paris.
Bien sûr, à cette époque-là, même dans la capitale, pas question de faire de la photo culinaire. « À Paris, on ne fait que de la photo de mode !  » déplore la jeune femme dont l’obstination n’est pas une des moindres qualités. « J’ai donc demandé qu’ils mettent en place une filière culinaire. Au départ, cela s’est fait sous forme de cours du soir. Mais aujourd’hui, cette filière existe vraiment !  »
D’où lui vient cette passion pour la nourriture ? « Mes parents travaillent tous deux dans les métiers de bouche. J’ai donc baigné dedans toute petite. En fait, la gastronomie est ma seconde passion ». Voilà pour l’inspiration. Un petit stage chez Elle pour conclure sa tournée parisienne, et Corinne Bertrand revient à Bourg, prendre en charge une activité grand public chez Thierry Moiroux, par le biais de L’Atelier photographique, une structure créée de toutes pièces pour l’occasion. « J’ai fait des mariages, des portraits. Mais j’ai toujours continué à faire de la photo culinaire à côté, en me constituant petit à petit une banque d’images ».
Bon alors, reprenons, pour faire des photos culinaires, il faut une passion certaine pour la photo doublée d’une réelle appétence pour la gastronomie. Ajoutez une pincée de culot, presque autant de chance et une bonne dose de patience au moment d’effectuer les prises de vue. Mais encore ? Eh bien, pour faire des photos culinaires, il faut un cuisinier ! « Pour moi, ça a été Michel Prévalet, de Mets et Vins, à Bourg, raconte la jeune femme. C’était quelqu’un que je ne connaissais absolument pas. Je suis allée le voir au culot. Et je crois que j’ai bien fait. Grâce à cette collaboration, nous nous sommes formés l’un, l’autre. »

Concilier l’inconciliable

Corinne Bertrand, bien qu’en voie d’apaisement, est toujours une jeune femme pressée. Pressée par le manque de temps, pour photographier, démarcher, nouer des contacts et apprendre. « Le métier de photographe culinaire, en principe, est composé de plusieurs métiers : directeur artistique, styliste culinaire – en fait, un cuisinier – le responsable du shopping qui choisira les tissus et les accessoires pour la table, ainsi que le photographe et l’assistant du photographe. Je dois faire tout ça en même temps. Le commercial en plus !  »
Ses clients ? Des restaurateurs, des industriels, des fabricants de produits frais qui ambitionnent de réaliser une plaquette commerciale ou un livre de recettes illustrées. Des photos que l’on retrouvera ensuite, sous forme de campagne de publicité dans des magazines tels que Saveurs ou Elle à Table. Bien sûr, Corinne Bertrand aimerait percer à Paris, où les trois ou quatre professionnels incontournables de ce créneau ultra-pointu se partagent les commandes. Mais la jeune femme d’ajouter, non sans une pointe d’amertume : « Mieux vaut être un grand chez soi qu’un petit chez les autres !  »